Marin Marais  

Pièces à une et à trois violes. Viole-[VIe Livre]. 1717

 Avertissement

Pour satisfaire aux différents goûts du Public sur la Viole, j'ai jugé à propos de diviser ce quatrième Livre en trois parties, et d'en diversifier les Pièces, afin que chacun y puisse trouver ce qui lui conviendra le mieux. Dans la première partie, j'ai eu attention de travailler pour les personnes qui préfèrent aux Pièces difficiles, celles qui sont aisées, chantantes, et peu chargées d'accords- Dans la seconde, ceux qui sont avancez sur la Viole, trouveront des Pièces qui leur paraîtront d'abord d'une grande difficulté, mais avec un peu d'attention et de pratique elles leur deviendront familières. Je les ai composées ainsi pour exercer l'habileté de ceux qui n'aiment pas les Pièces faciles, et qui souvent n'ont d'estime que pour celles qui sont d'une difficile exécution. On trouvera dans cette seconde partie nombre de Pièces caractérisées, qui plairont certainement quand on en possédera bien le goût et le mouvement, parce qu'elles ne laissent pas d'avoir un chant suivi.

Ma maxime, dans les Rondeaux, est de varier les refrains autant qu'il m'est possible. On en trouvera peut être quelques-uns uns d'une grande difficulté, on peut en ce cas les omettre et leur substituer ceux que chacun jugera être plus a sa portée. Les compositeurs s'apercevront que dans quelques Pièces ou il se rencontre quatre parties j'ai passé par-dessus les règles ordinaires ; Par exemple, dans l'Arabesque, je fais monter au second couplet, toutes les parties en même temps. J'ai pris cette licence, parce que l'effet m'en a paru agréable, et que d'ailleurs cela facilite la position de la main sur l'instrument. La Troisième Partie a cela de singulier qu'elle est composée de Pièces a trois Violes, ce qui n'a point encore este fait en France. En effet, celles de la fin de mon premier Livre ne sont qu'à deux Violes, la Basse-Continue y ayant été ajoutée et dérivant le plus souvent de la première ou seconde Viole, au lieu que celles ci sont toujours a trois parties Différentes. Ces mêmes pièces, au défaut de deux Violes, se peuvent exécuter par des dessus de Violon, ou dessus de Viole, et même par deux Flûtes traversières. l'on peut aussi mêler un instrument avec un autre, comme la Flûte traversière avec le Violon ou dessus de Viole, ce qui fait un concert de chambre fort agréable. Je n'ai pu refuser aux fortes instances de plusieurs personnes d'insérer ici ma Seconde Musette du troisième Livre à cause de la contre partie que j'y ai fait après coup. Je ne répéterai point dans ce Volume les signes de mes Livres précédents, étant persuadé que chacun les sait. Je me contenterai seulement d'avertir que les notes à doubles queues sont pour les Unissons, j'en ai marqué plusieurs, mais il s'en peut faire encore à beaucoup d'endroits que je n'ai pas marqués, on les peut faire avec discernement, en observant que ce soit toujours sur une blanche, noire, ou noire pointée, et par hasard sur des croches, ce qui est assez rare. Comme quelques particuliers m'ont objecté que dans mes précédents Livres on ne faisait point de différence entre une accolade qui sépare la première partie d'une pièce, de la seconde d'avec une Liaison ordinaire pour le coup d'archet, j'ai trouvé à propos de changer ma manière d'écrire et de me servir de celle ci qui anciennement était en usage :  

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Le Graveur s'est servi quelquefois de marque différente, mais cela ne signifie que la même chose.

 

Pièce de Viole [Ve Livre]. 1725

Avertissement

Ce cinquième livre qu'aujourd'hui j'ai l'honneur de présenter au public, aurait dû être au jour il y a plus d'un an. Mais la gravure étant une entreprise très longue, et d'ailleurs le graveur ayant été occupé a plusieurs ouvrages en même temps, cela a retardé l'exécution de mon projet. Les pièces qui composent ce volume, sont partagées de manière que j'espère quelles seront du goût général. Mon attention ayant eût pour objet de satisfaire un chacun, et pour y mieux réussir, j'ai commencé toutes mes Suites par des pièces chantantes et faciles, Ensuite desquelles on en trouvera de difficiles plus ou moins chargées d'accords, ornées d'un petit cartouche, ce qui les distingue d'avec les faciles. Et comme les pièces de caractères sont aujourd'hui reçues favorablement, j'ai jugé à propos d'en insérer plusieurs. Les différents titres les indiqueront aisément, sans qu'il soit besoin d'en faire mention. Je me contenterai seulement d'expliquer certains endroits, comme le mot Sec. Mais il est assez significatif de lui, même. Pour ce qui est des accords qu'on arpège ordinairement en montant de la basse au sujet, et ou j'ai marqué dessous en plein ; cela veut dire qu'il faut faire entendre tous les sons à la fois, au lieu de les séparer, Mais il s'y rencontrent d'ordinaire un inconvénient qui est d'écraser les cordes en appuyant trop, alors pour l'éviter, il ne faut pas poser son archet si près du chevalet, mais bien a trois ou quatre doigts éloignés selon que les cordes sont plus ou moins tendues et en appuyant des deux doigts sur le crin, Je ne puis m'empêcher de répéter ici, l'extrême nécessité qu'il y a de remplir les vides de quelques accords, comme je l'ai expliqué dans mon 2e livre. Il y a néanmoins certains endroits ou cela ne se peut pratiquer, alors l'attention doit être plus grande pour éviter les mauvais sons, ce remplissage des vides est marqué par des points au-dessus des notes en accords tantôt en tierce majeure, ou mineure, sixte, quinte ou fausse quinte, je me suis encore servi de ces mêmes points pour des passages au lieu de notes, je laisse à l'option de les faire ou ne pas faire, si mieux l'on n'aime s'en tenir au simple Exemple, dans la pièce, intitulée les "amusements", page 98, a la 8e Mesure de la reprise. Il est très nécessaire que je m'explique ici au sujet du tact, cette pièce très particulière se peut jouer de deux manières, la première selon l'intention dans laquelle je l'ai composé, qui est que chaque note se fasse avec un des doigts de la main gauche, sans aucune participation de la droite, tous les quatre doigts peuvent servir selon la situation des différentes notes, cette 1ère manière est très difficile et très fatiguante, car il faut que chaque coup de doigt fasse un tact qui se puisse faire entendre ; ceux qui ont quelque teinture du théorbe, ou du luth, sont plus surs d'y réussir que les autres, a moins que l'on n'en n'acquiert l'habitude par une longue pratique. La 2e manière dont on peut jouer cette pièce, est de la jouer comme toutes les autres pièces de viole ordinaire, je l'ai écrite de la sorte a la fin du livre, le mot traîné ou filé ne signifie qu'une même chose, et il n'est pas nécessaire de l'expliquer, puis qu'il s'entend assez de lui-même.